En 2003, le tabou de la maltraitance des personnes très âgées commence à peine à être levé dans la société française.
Aucune enquête ne permet d’évaluer clairement le phénomène, mais il existe, tapi au quotidien dans les familles, les établissements d’accueil.
Les professionnels acceptent maintenant d’aborder la maltraitance et de l’intégrer dans leurs analyses de fonctionnements internes.
Les premières antennes téléphoniques ALMA ont été créées en 1995, mais le territoire français est loin d’être couvert, et les signalements tous suivis !
Les chiffres
Le conseil de l’Europe donne une définition de la maltraitance dès 1990 :
« Tout acte ou omission commis dans le cadre de la famille par un de ses membres, lequel porte atteinte à la vie, à l’intégrité corporelle ou psychique, ou à la liberté d’un autre membre de la famille ou qui compromet gravement le développement de sa personnalité et/ou nuit à sa sécurité financière »
Selon ALMA France, il convient d'ajouter aux violences physiques et psychiques, les négligences actives (privation des aides indispensables à la vie quotidienne : manger, s’habiller, se lever, aller aux toilettes, recevoir des visites…) et passives (oubli, abandon…) qui constituent de la maltraitance par omission.
Types de violence, recueillis par ALMA France, en ordre décroissant :
violences psychologiques : menaces de rejet, de rétorsion, insultes = 27%
violences civiques : privation des droits élémentaires du citoyen, papiers d’identité… = 13,70%
violences médicamenteuses : abus de neuroleptiques, privation des médicaments nécessaires… = 4,6%
Comment ?
Les facteurs de risque d’apparition de la maltraitance, sont liés à la personne âgée, au milieu social ou encore à l ‘infrastructure du lieu de vie.
Liés à la personne âgée : Degré de dépendance physique ou psychique, états démentiels, situation financière, isolement social …
Liés au milieu qui accueille : Alcoolisme, toxicomanie, problèmes financiers, fragilité psychologique ou encore antécédents de violence familiale…
Liés à l’infrastructure : Locaux trop exigus ou non adaptés au degré de dépendance de la personne âgée, isolement géographique…
Qui ?
Qui maltraite en famille ? Selon ALMA, 58% des auteurs d’actes de maltraitance sont les membres de la famille. Parmi eux : le fils (37%), la fille (28%), le conjoint (13%), les neveux et nièces (6%), le gendre ou la belle-fille (6%).
Qui maltraite en établissement? Selon l’enquête du Bureau de la Protection des Personnes de la DGAS, pour l’année 2001, le personnel médical et para-médical porte une écrasante responsabilité. Près de 70% des cas de maltraitance sont le fait d’individus isolés.
Les dysfonctionnements internes en terme d’organisation et de taux d’encadrement seraient à l'origine de ces dérapages. Remédier à ces dérèglements institutionnels aurait un effet préventif certain.
Nous sommes tous potentiellement maltraitants. Une trop grande fatigue, un comportement énervant répété de la personne âgée, des problèmes personnels... peuvent inciter, à domicile comme en structure d'accueil, à des comportemenst maltraitants.
La vigilance et la parole échangée avec d'autres (professionels, écoutants, ALMA...) sur les pratiques quotidiennes sont absolument nécessaires. Mais écoute et échange ne sont pas toujours suffisants quand les moyens manquent. L'absence de moyens engendre en effet des comportements que l'on peut regrouper sous quelques titres génériques comme " maltraitance des institutions ", " maltraitance budgétaire ".
Le fait que la maltraitance soit " mal traitée " au plan médiatique n'arrange rien non plus.
En parler, lever le silence, pour échanger, analyser, comprendre.
Les antennes d’écoute active sont un des premiers lieux ou dénoncer ces pratiques : ALMA…
Mais il s’agit aussi d’aller parfois plus loin : L'obligation de dénonciation figure et impose à quiconque d'informer les autorités judiciaires ou administratives.
Le code civil fournit également des réponses préventives ou à postériori aux violences financières (spoliation). Les actes "contraints" comme des donations manuscrites peuvent être annulés pour vice de consentement. Par ailleurs, le nouveau code pénal autorise le médecin à introduire la notion de vulnérabilité des personnes âgées, infirmes ou déficientes physiques ou psychiques et autorise le médecin traitant à révéler les faits. Que dit le code pénal ?